C'est effectivement une sorte de jeu, de challenge, d'artisanat, de toucher, de goûter, d'estimer que de trier nos belles grappes délicatement portées en cagettes jusqu'au chai.
Là, elles vont subir le jugement du trieur sur la table (non de supplice mais de sélection, comme il est dit en espagnol).
Petites, grandes, fripées ou dodues, queues bien aoûtées ou rafles végétales, elles portent le fruit de toutes nos espérances d'une année de labeur : grains sacrés et sucrés qui vont produire le jus, le moût à fermenter en divin nectar.
Mais cette année peu facile et hétérogène dans ses caprices a communiqué ses humeurs à nos braves raisins, "ces fleurs qui ont connu l'amour" ou des aventures dirons-nous dans le cas de ce millésime...
Ainsi, ils arrivent sur cette table de tri : on est choisi ou éliminé mais si délicatement par les petites mains expertes…
Et pourtant quel casse-tête! Il y en avait , avec une petite barbe (élégamment appelé botrytis), des tout flétris, par le week-end de canicule de fin juin(1 seulement), des échaudés que seule la dégustation permet de sélectionner ou non, et ces petites graines avortées, vertes et roses, perdues pour la bonne cause. A l'œil d'homme (il y a pour les plus nantis le tri optique haute technologie) ils se ressemblent, mais en plus de tâter il faut goûter pour comprendre la différence : les graines acides et en stress d'évolution et les raisins type Corinthe, si doux et goûteux qu'il ne faut pas les éliminer.
Alors tous les sens sont en éveil : la vue, le toucher, le goût s'agitent à la sélection, même l'ouïe est sollicitée par les soubresauts de l'érafloir qui avale nos belles grappes pour ne cracher que des billes qui sautent de joie de se faire choyer sur la 2ème table vibrante… Et c'est réjouies, rouges et brillantes de plaisir qu'elles rebondissent pour atterrir dans la barrique où elles vont libérer leur jus sucré, acidulé qui va fermenter dans ces belles planches de chêne courbées.
Alors vin technologique, ou vin artisan où amour et dévouement ont guidé les petites mains à faire de la haute couture…? On vous attendait, Messieurs les journalistes, pour saisir ces instants...
Dany Rolland
(Œnologue de terrain)